En matière d’imposition des rémunérations en France, l’Article 62 du Code général des impôts (CGI) joue un rôle déterminant pour certains dirigeants, notamment les gérants majoritaires de SARL. Ce régime fiscal particulier encadre le calcul du revenu imposable et les déductions possibles, avec des règles spécifiques distinctes de celles des salariés classiques. Nous allons clarifier ensemble :
- Qui sont les dirigeants concernés par cet article,
- Comment déterminer la nature et le montant de leur rémunération imposable,
- Quelles sont les cotisations et les abattements admis,
- Les obligations déclaratives à respecter,
- Et comment ce régime se différencie des autres modalités fiscales applicables aux dirigeants.
Cette compréhension nous permettra d’appréhender en détail l’imposition des rémunérations liées à l’Article 62, un levier indispensable pour optimiser votre situation fiscale en 2026.
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Dirigeants concernés par l’Article 62 du CGI et critères d’application
Le régime défini par l’Article 62 touche en premier lieu les gérants majoritaires de SARL soumises à l’impôt sur les sociétés (IS). Ce statut s’applique également aux entrepreneurs individuels à responsabilité limitée optant pour l’IS, associés de SNC et gérants d’EURL ou EARL sous le même régime fiscal. Ce qui distingue le gérant majoritaire est la détention de plus de 50 % des parts sociales, en cumulant sa quote-part propre avec celles détenues par son conjoint et enfants mineurs. Ainsi, un gérant possédant 51 % des parts, directement et par famille, sera soumis à ce régime spécifique.
D’autres cas entrent dans le champ d’application de l’Article 62, notamment :
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- Les gérants associés commandités dans les sociétés en commandite par actions,
- Les membres de sociétés civiles de personnes non commerciales ayant opté pour l’IS,
- Les gérants majoritaires d’EARL fiscalisées sous l’IS et ne dépendant pas de la mutualité sociale agricole,
- Associés de SNC, EURL ou EARL avec option pour l’IS.
Les gérants minoritaires ou égalitaires, détenant 50 % ou moins des parts, relèvent des traitements et salaires classiques, avec un abattement de 10 % pour frais professionnels plafonné, par exemple, à 12 183 euros sur les revenus déclarés en 2016, ce qui illustre les différences notables dans la fiscalité selon le statut.
Calcul du revenu imposable selon l’Article 62
Le point clé de ce régime réside dans la détermination du revenu imposable. Le total des rémunérations brutes comprend toutes les sommes versées pour les fonctions de gérance :
- Rémunérations directes en numéraire,
- Avantages en nature évalués à leur valeur réelle (exemple : logement ou voiture de fonction),
- Indemnités et allocations, même forfaitaires,
- Remboursements de frais non justifiés, lesquels sont réintégrés dans la base imposable.
L’imposition s’exerce sur les revenus mis à disposition au cours de l’année d’imposition, quel que soit le moment comptable d’exercice social. Cette règle vaut aussi après cessation des fonctions, en cas de transformation juridique.
À ce montant brut s’applique un ensemble de déductions :
- Les cotisations obligatoires de sécurité sociale (maladie, vieillesse, allocations familiales),
- Les primes liées à des contrats Madelin pour la retraite complémentaire ou la prévoyance,
- Une fraction de la CSG (Contribution Sociale Généralisée),
- Les intérêts d’emprunts déductibles relatifs à la souscription au capital de sociétés nouvelles,
- Les frais professionnels, soit forfaitairement à hauteur de 10 % (avec un plafond automatique), soit en frais réels justifiés.
Déductions et modalités déclaratives adaptées aux dirigeants
Au regard des prélèvements obligatoires, les déductions autorisées contribuent à ajuster le revenu net imposable, proche du régime des traitements et salaires, tout en conservant une spécificité notable propre à l’Article 62. Pour vous, en tant que dirigeant relevant de ce régime, cela signifie :
- Utiliser le formulaire Cerfa n° 2042 pour déclarer votre rémunération brute diminuée des cotisations,
- Joindre une note détaillée justificative récapitulant les cotisations sociales versées et, le cas échéant, les intérêts d’emprunts déductibles,
- Opter pour les frais réels uniquement si les justificatifs sont conservés en vue des contrôles fiscaux, sinon bénéficier de l’abattement forfaitaire automatique de 10 %.
Cette transparence facilite le contrôle par l’administration fiscale et garantit une imposition conforme, évitant tout risque de redressement lié à des erreurs déclaratives.
Comparaison avec les autres régimes fiscaux applicables aux dirigeants
La fiscalité des rémunérations selon l’Article 62 doit être distinguée de celle applicable aux gérants minoritaires ou non associés. Ces derniers sont taxés dans la catégorie des traitements et salaires, avec un abattement standard de 10 % pour frais professionnels, mais sans la possibilité de déduire certaines cotisations sur le modèle des dispositifs Madelin. Par exemple :
- Un gérant minoritaire ne bénéficie pas des mêmes déductions pour ses cotisations de retraite complémentaire que son homologue majoritaire soumis à l’Article 62,
- La rémunération du gérant non associé reste déductible du résultat fiscal s’il justifie un travail effectif et si son salaire n’est pas jugé excessif, mais il relève du régime classique, plus simple, du traitement salarial.
Pour une SARL soumise à l’impôt sur le revenu, la rémunération du gérant associé ne sera pas déductible des bénéfices, elle sera alors imposée directement avec la part de bénéfice. C’est une différence majeure avec l’IS où seule la rémunération constitue une charge déductible.
Choix entre rémunération et dividendes : enjeux fiscaux et sociaux
En situation réelle, le dirigeant doit arbitrer entre une rémunération imposable selon l’Article 62 et la distribution de dividendes. Examinez attentivement :
- La rémunération déductible du résultat fiscal influe sur le bénéfice imposable chez la société,
- Les dividendes sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (prélèvement de 12,8 % à l’impôt sur le revenu et 18,6 % de charges sociales depuis 2026),
- Les dividendes ne diminuent pas le résultat fiscal, contrairement à la rémunération, ce qui peut pénaliser la société en cas de forte distribution,
- L’optimisation fiscale réside dans l’équilibre entre ces deux types de revenus, leur impact sur la charge sociale et l’impôt global.
Il est ainsi judicieux de vérifier que la rémunération est proportionnée au travail effectué et aux capacités financières de la société pour éviter des contentieux et sanctions lourdes, telles que la révocation sans indemnités ou des poursuites judiciaires.
Barème progressif de l’impôt sur le revenu applicable aux rémunérations Article 62
Les rémunérations soumises à l’Article 62 sont imposées selon les règles du barème progressif de l’impôt sur le revenu, avec des tranches distinctes pour 2026 :
| Tranche de revenu imposable (en euros) | Taux d’imposition |
|---|---|
| Jusqu’à 11 600 | 0 % |
| De 11 601 à 29 579 | 11 % |
| De 29 580 à 84 577 | 30 % |
| De 84 578 à 181 917 | 41 % |
| Plus de 181 917 | 45 % |
La connaissance précise de ce barème est essentielle pour anticiper l’impact fiscal lors d’une augmentation de rémunération et pour arbitrer efficacement entre différentes options de prélèvements sur les revenus salariés.




